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Rabindranath Tagore



Gitanjali - 44

This is my delight, thus to wait and watch at the wayside where shadow chases light and the rain comes in the wake of the summer.

Messengers, with tiding from unknown skies, greet me and speed along the road. My heart is glad within, and the breath of the passing breeze is sweet.

From dawn till dusk I sit here before my door, and I know that of a sudden the happy moment will arrive when I shall see.

In the meanwhile I smile and sing all alone. In the meanwhile the air is filling with the perfume of promise.



Gitanjali - 62

When I bring to you coloured toys, my child, I understand why there is such a play of colours on clouds, on water, and why flowers are painted in tints — when I give coloured toys to you, my child.

When I sing to make you dance I truly know why there is music in leaves, and why waves send their chorus of voices to the heart of the listening earth — when I sing to make you dance.

When I bring sweet things to your greedy hands, I know why there is honey in the cup of the flower and why fruits are secretly filled with sweet juice — when I bring sweet things to your greedy hands.

When I kiss your face to make you smile, my darling, I surely understand what the pleasure is that streams from the sky in the morning light, and what delight that is which the summer breeze brings to my body — when I kiss you to make you smile.


Gitanjali - 87


In desperate hope I go and search her in all corners of my room; I find her not.

My house is small and what once has gone from it can never be regained.

But infinite is thy mansion, my lord, and seeking her I have come to thy door.

I stand under the golden canopy of thine evening sky and lift my eager eyes to thy face.

I have come to the brink of eternity from which nothing can vanish - no hope, no hapiness, no vision of a face seen through tears .

Oh, dip my emptied life into that ocean, plunge it into the deepest fullness. Let me for once feel that lost sweet touch in the allness of the universe.


Gitanjali - 95


I was not aware of the moment when I first crossed the threshold of this life.

What was the power that made me open into this vast mystery like a bud in the forest at midnight !

When in the morning I looked upon the light I felt in a moment that I was no stranger in this world, that the inscrutable without name and form had taken me in its arms in the form of my own mother.

Even so, in death the same unknown will appear as ever known to me. And because I love this life, I know I shall love death as well.

The child cries out when from the right breast the mother takes it away, in the very next moment to find in the left one its consolation.



Gitanjali - 44

Telle est ma joie, attendre ainsi et regarder au bord du chemin où l'ombre poursuit la lumière et la pluie arrive dans le sillage de l'été.

Messagers, avec des nouvelles de ciels inconnus, me saluent et accélèrent leur route. Mon cœur est content intérieurement, et le souffle de la brise passagère est doux.

De l'aube au crépuscule je m'assieds ici devant la porte, et je sais qu'à l'imprévu le joyeux moment va arriver où je verrai.

Pour l'instant je souris et je chante tout seul. Pour l'instant l'air est empli du parfum de la promesse.



Gitanjali - 62

Quand je t'amène des jouets colorés, mon enfant, je comprends pourquoi il y a un tel jeu de couleurs dans les nuages, sur l'eau, et pourquoi les fleurs sont peintes dans ces teintes — quand je t'amène des jouets colorés.

Quand je chante pour te faire danser, je sais vraiment pourquoi il y a de la musique dans les feuilles et pourquoi les vagues envoyent le chœur de leurs voix au cœur de la terre à l'écoute — quand je chante pour te faire danser.

Quand j'amène des douceurs à tes mains gourmandes, je sais pourquoi il y a du miel dans la coupe de la fleur et pourquoi les fruits sont secrètement rempli avec de doux jus — quand j'amène des douceurs à tes mains gourmandes.

Quand j'embrasse ton visage pour te faire sourire, ma chérie, je comprends assurément quel est le plaisir qui s'écoule du ciel dans la lumière du matin, et le délice que la brise de l'été amène à mon corps — quand je t'embrasse pour te faire sourire.


Gitanjali - 87


En espoir désespéré je vais et la cherche dans tous les coins de ma chambre; je ne la trouve pas.

Ma maison est petite et ce qui une fois s'en est allé peut ne jamais être recouvré.

Mais infini est ton domaine, Seigneur, et la recherchant je suis arrivé à ta porte.

Je me tiens sous le dais doré du ciel le soir et lève mes yeux ardents sur ton visage.

Je suis arrivé au bord d'éternité d'où rien peut disparaître - sans espoir, sans bonheur, sans vision d'un visage contemplé au travers des larmes.

Oh, immerge vidée ma vie dans cet océan, plonge-la dans la plus profonde plénitude. Laisse-moi une fois ressentir cette infime caresse perdue dans le tout de l'univers.

Gitanjali - 95


Je ne me suis pas rendu compte du moment où j'ai pour la première fois franchi le seuil de cette vie.

Quel était ce pouvoir qui m'a ouvert à ce vaste mystère comme un bourgeon à minuit dans la forêt !

Lorsque dans le matin j'ai regardé la lumière j'ai senti un instant que j'étais pas étranger dans ce monde, que l'impénétrable sans nom ni forme m'avait pris dans ses bras sous la forme de ma propre mère.

Ainsi, dans la mort le même inconnu m'apparaîtra tel que toujours connu. Et parceque j'aime cette vie, je sais que j'aimerai aussi la mort.

L'enfant se met à pleurer quand du sein droit sa mère l'enlève, pour juste l'instant d'après trouver dans le gauche sa consolation.